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Rentrée de l'Aïkido Club Courbevoie le 12 septembre 2017

A bientôt sur les tatamis

Maître Bokuden et ses trois fils

bandeau vertical_01bandeau vertical_01Tsukahara Bokuden fut sans doute le plus grand maître de sabre du XVIe siècle. Au cours de ses multiples duels et combats sur les champs de bataille, il ne connut aucune défaite. Ses exploits ne seront surpassés qu’au siècle suivant par le fameux Miyamoto Musashi dont la célébrité éclipsera quelque peu la sienne.

Représentant de l’école Takeda, Bokuden pratiqua également beaucoup de styles jusqu’à façonner le sien qu’il intitula « l’art de vaincre sans combattre » ou « l’art du combat sans arme ». Il fut maître d’armes du shogun et de quelques grands généraux de son temps. Des samouraïs venaient de toutes les provinces du Japon étudier son art incomparable.

Des ronins tentaient régulièrement de se mesurer à lui dans l’espoir de se tailler une réputation, mais plus les années passaient, moins il répondait à leurs défis. Lui qui était désormais considéré comme un kensei, un saint ou un génie du sabre, n’avait plus rien à prouver et il savait par expérience qu’un combat, même avec un bokken, un sabre en bois, est toujours dangereux. L’un de ses moyens préférés pour décourager les provocateurs était de les emmener dans son jardin et de couper devant eux, d’un coup de sabre, une branche de cerisier ou de prunier en fleur qu’il leur offrait ensuite. Cela suffisait généralement à démoraliser la candidat, car quand il constatait qu’aucun pétale n’était tombé, il comprenait qu’il n’avait aucune chance. Accomplir un tel exploit supposait en effet une précision et une rapidité difficiles à égaler.

Au crépuscule de sa vie, maître Bokuden décida de se retirer de la direction de son école et de nommer son successeur. La tradition voulait qu’il choisît l’un de ses trois fils, qui étudiaient avec lui depuis leur enfance. Plutôt que de désigner lui-même celui qui à ses yeux avait le meilleur niveau, il préféra les soumettre à une épreuve. Ce test aurait le mérite d’être objectif et d’éviter la jalousie suscitée par une décision paternelle qui pourrait laisser entendre qu’il avait un préféré. Afin de réfléchir à la question, Bokuden invita l’un de ses confrères, un maître également réputé, à boire le thé avec lui. Ils réfléchirent à une épreuve, pesèrent le pour et le contre. Ils  cherchaient quelque chose d’exemplaire qui servirait aussi à enseigner le sens profond de la voie des arts martiaux. Inspirés par les ustensiles de la cérémonie du thé, ils s’arrêtèrent finalement sur un dispositif qui les faisait sourire. Ils gagnèrent une pièce de la demeure qui donnait sur un grand corridor. Bokuden demanda à ses fils d’attendre dans le jardin et de venir chacun à leur tour quand il les appellerait. Les maîtres placèrent un bol au-dessus du shoji, la porte coulissante, de telle façon qu’il tombât sur la tête de celui qui entrerait dans la pièce.

Bokuden appela en premier son fils aîné. Celui-ci monta quatre à quatre les marches de la véranda, s’engouffra dans le corridor, allait ouvrir le shoji quand, tout à coup, il suspendit son geste. Il y avait quelque chose d’anormal, il sentait une menace. À force de pratiquer, il avait développé un sixième sens. Il leva la tête et, à travers le papier de riz translucide du panneau coulissant, vit l’ombre du bol. Il esquissa un sourire, introduisit le manche de son éventail entre la porte et le chambranle puis, millimètre par millimètre, entrouvrit le shoji sans faire tomber le bol. Il finit par l’attraper et entra dans la pièce avec.